Les Missionnaires du Sacré-Coeur du Canada
 
 

Notre histoire: une histoire de cœur

La Société des Missionnaires du Sacré-Cœur a un peu moins de cinquante ans d’existence lorsque commence, le 14 octobre 1900, son aventure en terre canadienne. Un premier groupe de scolastiques français, chassés de France par les lois anti-cléricales de Combes, arrive alors à Québec, accompagné par le Père Jean-Baptiste Guillarme. Avec le Père John Field comme supérieur, ils forment la première communauté M.S.C. du Québec. 

Des débuts austères, mais féconds

Les nouveaux arrivants s’installent au 12, rue des Carrières, à l’ombre du Château Frontenac. Mais cette résidence convient bien peu à un scolasticat. Aussi, dès le mois de mai 1902, la communauté emménage-t-elle dans une nouvelle maison, sise au 71, rue Sainte-Ursule, dans le Vieux-Québec. Cent ans plus tard, cette maison appartient toujours à la communauté.

Forts de la devise choisie par leur fondateur, Aimé soit partout le Sacré-Cœur de Jésus, les confrères français se mettent au travail dès leur arrivée. Ils se lancent à corps perdu dans la prédication de retraites et le ministère des confessions. À partir de janvier 1903, ils entreprennent la publication de l’édition canadienne des Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur, dans le but à la fois de propager les dévotions et de susciter des vocations. Toujours en 1903, ils ouvrent, grâce au Père François Barral, un noviciat à Beauport, qui sera, pendant de nombreuses années, l'une des principales œuvres des M.S.C. au Canada. Avec toute l’énergie des bâtisseurs, ils entreprennent en 1908 la construction du Sanctuaire de Notre-Dame du Sacré-Cœur, qui sera inauguré le 31 mai 1910 par l’Archevêque de Québec.

Leur foi et leur détermination les amènent même jusque dans l’Ouest canadien et dans le Nord de l’Ontario! Dans l’Ouest, ils assument pendant quelques années la charge pastorale de deux paroisses : l’une à Qu'Appelle en Saskatchewan (1908-1912), l’autre à Medecine Hat, en Alberta (1910-1916). Dans le Nord de l’Ontario, à North Cobalt plus précisément, ils fondent une paroisse, Notre-Dame du Sacré-Cœur, et ouvrent en septembre 1912 un collège classique et commercial, le Collège Saint-Joseph. Ils assurent aussi de nombreuses missions dans les chantiers de coupe de bois du Nord de l’Ontario et du Québec. Une véritable ruche! Malheureusement, la fermeture des mines à North Cobalt renverse complètement la situation. La ville passe en quelques années de la prospérité à la ruine. En 1919, le collège est fermé et les M.S.C. doivent quitter la région. 

La formation de la pro-province

Cette période de l’histoire de la communauté, et particulièrement l’année 1912, est marquée par deux événéments importants : la fondation canadienne, jusque-là dépendante de la province de France, devient en 1912 une pro-province, qui sera dirigée jusqu’en 1939 par le Père Pierre L’Espérance. En plus des communautés de Québec, Beauport, North Cobalt, Qu’Appelle et Medecine Hat, situées en territoire canadien, la nouvelle pro-province se voit aussi annexer les communautés de Watertown et de Natick situées du côté américain et relevant, jusque-là, de l’administration générale.

L’année 1912 marque aussi le départ d’un premier confrère, le Frère Albert Caron, pour la Papouasie, une mission de la Province de France. Il y sera rejoint par dix autres confrères, hommes de foi et bâtisseurs de la première heure, qui, avec un sens aigu du devoir et une ténacité peu commune, travailleront dur dans ce pays jusqu’en 1956.

Bilan et nouveau départ

Ici au pays, les échecs douloureux de l’Ouest canadien et de North Cobalt ont laissé un goût amer et la tentation est grande, pour les fils du Père Chevalier, de plier bagages et de rentrer en France. Mais leur détermination et leur espérance sont plus fortes que tout et ils décident de rester. En 1920, le Père François Bourrin fonde l’École Apostolique de Beauport. Cette École sera une planche de salut pour la communauté et lui permettra de s’implanter solidement en terre canadienne. Un peu moins de quatre ans plus tard, en mars 1927, une première paroisse est confiée aux M.S.C. : la paroisse Notre-Dame du Sacré-Cœur de LaSalle, en banlieue de Montréal. Ces derniers en auront la charge pendant soixante-treize ans.

À partir de 1930, la pro-province connaît un développement accéléré. Alors que l’Église du Québec est en position de force dans la société, le noviciat de Beauport fournit chaque année son contingent de novices, et les scolastiques se font de plus en plus nombreux. Le temps est donc venu de relever un nouveau défi. La pro-province canadienne envisage alors un projet de mission ad gentes, qui serait cette fois sous sa responsabilité. À l'été 1935, les Pères Auguste Cadoux et Cyprien Fortin s'embarquent pour les Antilles, avec le mandat de trouver ce nouveau champ d'apostolat. Leur choix s’arrête sur la République Dominicaine. Officiellement confiée aux M.S.C. canadiens en février 1936, cette mission sera pendant quarante ans l'œuvre principale de la province canadienne M.S.C. Plus de cinquante confrères y donneront le meilleur d’eux-mêmes.

La nouvelle province canadienne

Le 22 juillet 1939, à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale, la pro-province érigée en 1912 devient une province de plein droit. Le Père Willie Caron en est le premier supérieur provincial. Le territoire de la nouvelle province demeure le même que celui de la pro-province, auquel s’ajoute la mission de la République Dominicaine. Et ses débuts sont fort prometteurs. Bien amorcée dans les années 30, la progression de la Congrégation se poursuit. Les vocations sont nombreuses. Année après année, on peut envoyer de jeunes confrères prêter main forte à ceux qui travaillent déjà en République Dominicaine. Ici même, les maisons sont remplies et les œuvres de la communauté, pourtant de plus en plus diversifiées, suffisent à peine à occuper tous les religieux dont la moyenne d'âge n'atteint pas la quarantaine !

Durant les années 50, avec toute l’audace de leur foi, les M.S.C. prennent en charge deux nouvelles paroisses : Sacré-Cœur, dans le diocèse de Baie-Comeau, en 1950, et Sainte-Ursule, dans le diocèse de Québec, en 1959. Ils agrandissent aussi l’École Apostolique de Beauport (1953), qui sera à nouveau agrandie en 1969 lorsqu’elle deviendra un externat mixte et prendra le nom de École Secondaire M.S.C. Ils construisent un nouveau noviciat pour les Pères et les Frères à Arthabaska (1954).

Des années d’effervescence

C’est au début des années 60 que la province canadienne va connaître ce qu’on pourrait appeler ses « heures de gloire ». Partout au Québec, le nombre de vocations religieuses atteint des sommets jusque-là inégalés. Tous les espoirs sont permis. Confiantes dans l’avenir, les autorités provinciales décident alors de construire une nouvelle résidence pour les étudiants de philosophie et de théologie. En décembre 1960, le Scolasticat Notre-Dame du Sacré-Cœur ouvre ses portes à Sillery, à proximité de l’Université Laval. À peu près en même temps, la communauté, désireuse d’offrir aux jeunes un milieu de vie propice à leur développement humain et spirituel, se lance, avec dix autres communautés religieuses, dans l’aventure du campus intercommunautaire du Séminaire Saint-Augustin. Ce Collège devient réalité en septembre 1965.

Du côté des médias, les Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur font un virage important dans la foulée du Concile et de la Révolution tranquille. En 1968, elles prennent le nom de Revue Notre-Dame (RND) et adoptent la formule d’un thème par numéro, soucieuses de suivre davantage l’évolution et les préoccupations nouvelles de la société québécoise. Les efforts d’adaptation demandés par le Concile se concrétisent encore par l’ouverture, en mai 1970, du Centre Viréo, qui a pour objectifs la recherche et la formation en audiovisuel, ainsi que la production de documents pour l’animation pastorale et scolaire. Les M.S.C. garderont ce Centre pendant plus de trente ans, soit jusqu’en 2002.

Enfin, durant la décennie 60, la communauté élargit encore son champ apostolique, puisque le Conseil provincial accepte, en 1960, l’aumônerie de l’Hôpital de Chicoutimi, et en 1968, la responsabilité de la pastorale des immigrants dans le diocèse de Québec. Mais les M.S.C. n’échapperont pas à la crise profonde qui, au cours de cette même période, va secouer le Québec, marquant ainsi le début de la décroissance dans les différentes communautés religieuses.

Deux changements importants

En 1971, deux événements majeurs viennent modifier le visage de la province canadienne : la section américaine de Watertown et de Natick est détachée de la province canadienne et devient partie intégrante de la province américaine M.S.C. Quelques mois plus tard, la mission de la République Dominicaine accède à une autonomie interne presque totale qui allait en faire, en 1986, une province M.S.C. Ces deux décisions administratives vont enlever à la province canadienne plus de 50 confrères, parmi les plus jeunes et les plus dynamiques.

Mais même moins nombreux, les M.S.C. sont toujours animés du même sens de la mission et continuent de répondre avec courage à leurs inspirations fondatrices. En 1975, ils acceptent la charge pastorale d’une autre paroisse du diocèse de Québec : Notre-Dame de la Garde, où ils seront présents jusqu’en septembre 1994. Un an plus tard, ils aménagent dans une aile du scolasticat de Sillery un foyer d’hébergement pour jeunes en difficultés : le Centre pastoral M.S.C. Un autre foyer du même genre est ouvert à l’Île d’Orléans en 1978. Faute de personnel M.S.C., ces deux foyers devront cependant fermer leurs portes en 1983 et 1984. 

Toujours missionnaires

Le Chapitre provincial de 1979 est l’amorce d’un véritable changement de cap dans la province. Bien qu’ils doivent laisser tomber des œuvres qu’ils ne peuvent plus soutenir et fermer des maisons devenues trop grandes, les M.S.C. se tournent résolument vers l’avenir. Aussi, consacrent-ils une bonne partie de leurs énergies à la pastorale des vocations. En septembre 1980, ils mettent sur pied un centre de recherche vocationnelle dans la maison de Sillery. Deux résidences sont aussi ouvertes pour accueillir les jeunes intéressés à la vie M.S.C. : la Maison Chevalier à Montréal en 1982 et la Maison François-Bourrin à Québec en 1983. En raison du manque de personnel, la première devra cependant fermer en 1987 et la seconde en 1993. Pendant ce temps, au Nicaragua, un confrère fonde en 1989 le Centre communautaire Oscar Arnulfo Romero, le CCOAR, dont l’objectif est d’assurer aux jeunes un milieu de vie chaleureux et stimulant, où ils peuvent développer leurs talents. Le Centre est toujours actif et reçoit chaque année plus de 250 jeunes du Québec comme stagiaires. Il a fêté en 2014 ses 25 ans d’existence.

Le Chapitre provincial de 1990, tout comme celui de 1979, marque aussi un tournant dans l’histoire de la communauté. Toujours désireuse de renouveler l’exercice de son ministère d’évangélisation, la Province canadienne répond favorablement à une demande du Conseil Général, qui souhaite voir s’ouvrir une mission au Mexique. Le processus de fondation est mis en marche dès 1990. En septembre 1992, les Pères Réjean Ouellet et Jean-Luc Couture prennent charge de la paroisse San Ramon Nonato, dans la ville de Mexico. En juillet 1996, la communauté accepte aussi la responsabilité de la paroisse San Luis Obispo de Tlalmanalco, d’où ils devront se retirer en juin 2002, à la demande de l’évêque. La même année, un premier confrère mexicain, Jorge Gomez Rodriguez, est ordonné prêtre en décembre. Un deuxième, Oscar Rodriguez Loreto, le sera en août 2011. Jorge est maintenant curé de la paroisse San Ramon Nonato. Oscar s'occupe quant à lui de la formation et de la pastorale vocationnelle auprès des jeunes. La maison de formation ouverte au Mexique, à Tlalpan, le 1er juin 2001, a donc donné des fruits et a véritablement sa raison d’être.

Confiants dans l’avenir

Le moins qu’on puisse dire, c’est que depuis l’arrivée du premier groupe de scolastiques français à Québec le 14 octobre 1900, les fils du Père Chevalier ont exercé une influence sans commune mesure avec leur nombre, tout cela soutenu, encouragé, rendu matériellement possible par un groupe de Frères dont on ne dira jamais assez qu’ils ont été la charpente et la colonne vertébrale de cette province. Quatre mots résument d’ailleurs toutes ces années de travail et de dévouement : foi, courage, détermination et service.

Après cent ans de présence et d’action en terre québécoise, en Papouasie, en République Dominicaine, au Mexique et au Nicaragua, le sens de la mission brûle toujours au cœur des membres de la province canadienne. Héritiers d’une longue lignée de bâtisseurs, ces M.S.C. continuent de marcher avec confiance sur la route du cœur. Ils poursuivent leur mission – qu’ils expriment maintenant par cette devise : être sur terre le Cœur de Dieu –, par leur façon d’être et d’agir dans les différents ministères qu’ils sont appelés à remplir : au Sanctuaire de Notre-Dame du Sacré-Cœur, en paroisse, dans les médias, auprès des malades et des prisonniers. Ils partagent aussi cette mission avec la trentaine de membres de l’association des laïcs M.S.C., qui, répartis en trois fraternités, constituent à l’heure actuelle un des espoirs de la communauté.

Ce que sera leur avenir ? Les confrères de la province canadienne ne le savent pas, mais ils restent confiants. Même si l’Église du Québec est devenue une Église incertaine, privée de ses sécurités d’hier, ils ont la certitude que Dieu ne les abandonnera pas : ils peuvent donc s’abriter en toute confiance sous les ailes de cette Providence qui, depuis plus de cent ans, leur a toujours assuré des lendemains. Ils ont aussi la conviction qu’en dépit du vieillissement de la communauté, ils doivent continuer à croître et à faire du neuf. Ils doivent relever, dans la ligne du prophétisme et dans une fidélité créatrice à leur charisme et à leur spiritualité, les défis qui sont liés au changement d’époque que nous sommes en train de vivre. Le monde a de plus en plus besoin de prophètes et de témoins de l’amour de Dieu. Les M.S.C. veulent continuer d’être là, pour répondre à ce besoin.